Culture et patrimoine

Catacombes des Capucins de Palerme : histoire, momies et conseils de visite

Catacombes des Capucins de Palerme : histoire, momies et conseils de visite

Les Catacombes des Capucins de Palerme sont une crypte funéraire creusée à partir de la fin du XVIe siècle sous le couvent des Capucins, dans le quartier Cuba. On y voit plusieurs milliers de défunts momifiés et habillés, classés par catégories, dont la petite Rosalia Lombardo, morte en 1920. Comptez environ 45 minutes de visite ; photos interdites, tenue correcte exigée.

À retenir

  • Crypte des Capucins, Piazza Cappuccini, à environ 2 km à l'ouest du centre historique de Palerme
  • Plusieurs milliers de corps, du XVIIe siècle au début du XXe siècle, répartis en couloirs (religieux, hommes, femmes, enfants, professions)
  • Rosalia Lombardo, embaumée en 1920 par Alfredo Salafia, est la momie la plus célèbre
  • Visite courte (45 min à 1 h), photos interdites, peu adaptée aux jeunes enfants et aux personnes sensibles
  • Horaires et tarif à vérifier sur place ou auprès de l'office de tourisme avant de venir

Les Catacombes des Capucins (Catacombe dei Cappuccini) sont l'un des sites les plus singuliers de Palerme, capitale de la Sicile. Sous le couvent des frères capucins, dans le quartier Cuba, des galeries souterraines abritent plusieurs milliers de défunts, momifiés naturellement ou embaumés, habillés de leurs vêtements d'époque et exposés le long des murs. La visite, courte mais marquante, éclaire le rapport des Siciliens à la mort du XVIIe au début du XXe siècle. Voici leur histoire, ce que l'on y voit et les conseils pratiques pour s'y rendre.

Où se trouvent les Catacombes des Capucins ?

Les catacombes se situent Piazza Cappuccini, dans le quartier Cuba, à environ 2 km à l'ouest de la cathédrale et des Quattro Canti, le carrefour baroque qui marque le centre historique de Palerme. L'entrée se fait par le couvent des Capucins, à côté de l'église Santa Maria della Pace.

Depuis le centre, trois options s'offrent à vous :

  • À pied : environ 25 à 30 minutes depuis la cathédrale, par le Corso Vittorio Emanuele puis la Porta Nuova et la zone de la Cuba. La promenade permet de passer devant le palais des Normands.
  • En bus : plusieurs lignes urbaines de l'AMAT (la régie des transports de Palerme) desservent les environs de la place ; les numéros et fréquences changent, vérifiez-les sur le site de l'AMAT ou dans une application de transport.
  • En taxi : une dizaine de minutes depuis le centre, selon la circulation, souvent dense à Palerme.

Le quartier est résidentiel et sans grand intérêt touristique en dehors des catacombes et du palais de la Cuba, pavillon arabo-normand du XIIe siècle situé à proximité. Il est donc logique de combiner la visite avec celle du palais des Normands et de la chapelle Palatine, à mi-chemin du centre.

Quelle est l'histoire des catacombes ?

Histoire des catacombes de Palerme

Un cimetière de moines à la fin du XVIe siècle

Vers 1597-1599, le cimetière des frères capucins de Palerme arrive à saturation. Les moines creusent alors une crypte sous leur église pour y déposer leurs confrères défunts. Ils constatent que certains corps, une fois exhumés, se sont desséchés au lieu de se décomposer, grâce à l'air sec et à la ventilation naturelle de ces galeries creusées dans le tuf calcaire. Les moines y voient un signe favorable et décident d'exposer leurs frères ainsi conservés, vêtus de leur habit.

Une sépulture recherchée par les élites

Au XVIIe siècle, les catacombes s'ouvrent progressivement aux laïcs, d'abord aux bienfaiteurs du couvent, puis à l'aristocratie et à la bourgeoisie palermitaine. Être exposé aux Capucins devient un marqueur de prestige social. Les familles financent la préparation du corps et son entretien par des dons au couvent ; tant que les versements se poursuivent, le défunt garde sa place, et les proches viennent régulièrement prier, lui rendre visite, parfois changer ses vêtements. Les galeries s'agrandissent au fil des siècles pour accueillir ces nouveaux occupants.

La fin des inhumations et le site patrimonial

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les autorités italiennes restreignent les inhumations hors des cimetières, et les dépôts aux Capucins deviennent exceptionnels à partir des années 1880. Quelques dérogations sont encore accordées, la plus célèbre étant celle de Rosalia Lombardo en 1920, généralement présentée comme l'une des toutes dernières personnes admises. Le site, toujours géré par les frères capucins, est depuis devenu un lieu de mémoire visité par des voyageurs du monde entier.

Les catacombes sont décrites dès le XVIIIe et le XIXe siècle par les voyageurs du Grand Tour. Guy de Maupassant, de passage en Sicile en 1885, en a laissé une description saisissante dans son récit de voyage consacré à l'île, signe que le lieu faisait déjà partie des curiosités incontournables de Palerme.

Comment les corps ont-ils été momifiés ?

Le séchage dans les « colatoi »

La méthode la plus répandue reposait sur la dessiccation. Le corps était déposé dans une petite pièce appelée colatoio (pluriel colatoi), sur une grille ou des tubes de terre cuite, afin que les liquides s'écoulent. Il y restait plusieurs mois, souvent présentés comme environ huit mois dans les sources. Il était ensuite lavé au vinaigre, séché à l'air, puis habillé et exposé dans une niche, accroché au mur ou déposé dans un cercueil.

L'embaumement et les traitements chimiques

Au fil du temps, d'autres techniques sont venues compléter le séchage. En période d'épidémie notamment, certains corps ont été trempés dans des bains contenant de l'arsenic ou de la chaux. Les défunts les plus aisés pouvaient bénéficier d'un véritable embaumement. Ces procédés expliquent l'état de conservation très inégal des corps : certains sont réduits à l'état de squelette vêtu, d'autres ont conservé des traits du visage, des cheveux, une peau parcheminée.

Momie des catacombes de Palerme

Rosalia Lombardo, la « Belle au bois dormant »

Rosalia Lombardo est une fillette palermitaine morte d'une pneumonie en décembre 1920, peu avant son deuxième anniversaire. Son père, inconsolable, fait appel à Alfredo Salafia, embaumeur sicilien réputé. Le résultat est si réussi que l'enfant semble endormie, d'où son surnom de « Belle au bois dormant » de Palerme. La formule de Salafia, longtemps restée mystérieuse, a été identifiée au début des années 2000 grâce à ses notes manuscrites : un mélange de formol, de sels de zinc, d'alcool, d'acide salicylique et de glycérine.

Pour ralentir sa dégradation, le cercueil de Rosalia a été placé au début des années 2010 dans une vitrine hermétique. Elle repose au fond du parcours, dans la petite chapelle Sainte-Rosalie, et c'est souvent la dernière étape de la visite.

Une signification religieuse

Pour les capucins et les familles de l'époque, la conservation du corps n'avait rien de macabre. Dans la tradition catholique, elle rappelait l'attente de la résurrection et invitait les vivants à méditer sur la brièveté de la vie. Elle permettait aussi de garder un lien concret avec les défunts : on venait prier près d'eux, leur parler, leur demander leur intercession.

Que voit-on pendant la visite ?

La visite suit un parcours en forme de rectangle, dans des couloirs voûtés éclairés de manière tamisée. Les défunts sont regroupés par catégories, selon une organisation qui reproduit la hiérarchie de la société palermitaine.

Couloir ou espace Ce que l'on y voit
Couloir des religieux Les frères capucins, en habit brun, souvent debout le long des murs ; c'est la partie la plus ancienne
Couloir des hommes Notables, magistrats, militaires, en costume ou en uniforme
Couloir des femmes Femmes en robes d'époque, parfois très bien conservées
Espace des vierges Jeunes femmes non mariées, distinguées par une couronne
Espace des enfants Petits corps habillés, assis ou allongés : la partie la plus émouvante
Couloir des professionnels Médecins, avocats, artistes, parfois reconnaissables à un attribut de leur métier
Chapelle Sainte-Rosalie Le cercueil vitré de Rosalia Lombardo

Les corps sont présentés de trois manières : suspendus debout contre les parois, maintenus par des crochets et des fils de fer ; couchés dans des niches creusées dans la roche ou sur des étagères ; ou dans des cercueils, parfois vitrés, pour les familles les plus fortunées. Des cartouches portent encore, pour certains, le nom et la date de décès. Parmi les défunts identifiés, les guides citent souvent Giovanni Paterniti, vice-consul des États-Unis à Palerme mort au début du XXe siècle.

Crânes des catacombes de Palerme

Le parcours n'est pas long — quelques centaines de mètres — mais la densité de corps est impressionnante. Les estimations les plus courantes évoquent environ 8 000 défunts, dont plus d'un millier de momies au sens strict ; ces chiffres varient selon les sources et ne sont pas officiels.

Comment préparer sa visite ?

Horaires, tarif et durée

Les catacombes sont généralement ouvertes le matin et l'après-midi, avec une pause à la mi-journée, et des horaires réduits le dimanche et les jours fériés. Les horaires changent selon la saison : vérifiez-les auprès de l'office de tourisme de Palerme ou sur place avant de venir. L'entrée est payante, pour un prix de quelques euros, à confirmer sur place ; le paiement se fait à l'accueil du couvent. Comptez 45 minutes à 1 heure de visite, sans réservation dans la plupart des cas.

Règles à respecter

  • Photos et vidéos interdites : la règle est affichée et des surveillants veillent à son respect. Elle vise à protéger les corps et à respecter les défunts.
  • Tenue correcte : épaules et genoux couverts sont recommandés, comme dans les églises siciliennes. Prévoyez un foulard ou une chemise légère en été.
  • Silence et discrétion : il s'agit d'un lieu funéraire et religieux, pas d'un musée de l'horreur.
  • Ne touchez à rien : certaines momies sont exposées sans vitrine, à portée de main.

Pour qui ?

La visite est déconseillée aux jeunes enfants et aux personnes sensibles ou impressionnables : on voit des corps à découvert, y compris des enfants. Pour des adolescents intéressés par l'histoire, elle peut au contraire être l'occasion d'aborder la question de la mort et des rites funéraires, à condition d'en parler avant. Les galeries sont fraîches toute l'année, ce qui fait de la visite une bonne parenthèse lors des après-midi chauds de l'été sicilien ; une petite laine reste utile.

Quand y aller ?

Le matin, dès l'ouverture, est le moment le plus calme. Les groupes et les excursions arrivent plutôt en fin de matinée. En haute saison (juillet-août) et pendant les vacances de Pâques, l'affluence peut être forte dans les couloirs étroits.

Que faire autour des catacombes à Palerme ?

Une fois sorti, il est facile d'enchaîner avec plusieurs sites majeurs de Palerme, inscrits avec d'autres monuments arabo-normands au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2015 :

  • Le palais de la Cuba, pavillon de plaisance de l'époque normande, à quelques minutes à pied ;
  • Le palais des Normands et la chapelle Palatine, célèbre pour ses mosaïques dorées, sur la route du centre ;
  • La cathédrale de Palerme, sur le Corso Vittorio Emanuele, qui mêle styles normand, gothique et néoclassique.

Découvrez la cathédrale de Palerme : ses tombeaux royaux, ses toits accessibles et son trésor complètent bien une matinée consacrée à l'histoire funéraire de la ville. Pour une journée plus légère après cette visite intense, la mer n'est pas loin : Mondello, plage emblématique des Palermitains, se trouve à une demi-heure environ en bus ou en voiture. Notre sélection « Top 10 des plus belles plages de Palerme » vous aidera à choisir selon vos envies.

Enfin, si vous n'avez pas encore réservé votre vol, l'aéroport Falcone-Borsellino de Palerme est le plus pratique pour l'ouest de l'île, mais ce n'est pas le seul. Notre guide « Quels sont les aéroports pour aller en Sicile ? » compare les options selon votre itinéraire.

Les catacombes, entre patrimoine et questions éthiques

L'exposition de restes humains au public suscite des débats, à Palerme comme ailleurs. Les frères capucins, toujours responsables du lieu, le présentent comme un espace de recueillement et de méditation sur la condition humaine, dans la continuité de la tradition catholique. Les chercheurs y voient de leur côté une source précieuse sur l'histoire des vêtements, de la santé et des pratiques funéraires en Sicile ; des projets d'étude scientifique, notamment d'imagerie médicale, y ont été menés.

Pour le visiteur, la meilleure façon d'aborder les catacombes est de les considérer pour ce qu'elles sont : un cimetière. Se renseigner un peu sur leur histoire avant d'entrer, respecter les consignes et prendre le temps de lire les cartouches permet de dépasser la simple curiosité pour comprendre une culture où les morts restaient, au sens propre, au milieu des vivants.

Questions fréquentes

Peut-on prendre des photos dans les catacombes de Palerme ?

Non, les photos et les vidéos sont interdites à l'intérieur des Catacombes des Capucins. L'interdiction est affichée à l'entrée et contrôlée par le personnel. Elle vise à respecter les défunts, dont beaucoup ont encore des descendants à Palerme, et à protéger les corps, fragiles.

Les catacombes des Capucins conviennent-elles aux enfants ?

La visite est déconseillée aux jeunes enfants et aux personnes sensibles, car de nombreux corps sont exposés à découvert, y compris ceux d'enfants. Pour des adolescents curieux d'histoire, elle peut être intéressante, à condition de les préparer avant et de leur expliquer le contexte religieux et culturel.

Combien de temps dure la visite des catacombes de Palerme ?

Comptez environ 45 minutes à 1 heure pour parcourir les couloirs à votre rythme. Le parcours ne fait que quelques centaines de mètres, mais la densité des corps et des détails invite à prendre son temps. Ajoutez le trajet depuis le centre, à environ 25 à 30 minutes à pied.

Qui était Rosalia Lombardo ?

Rosalia Lombardo est une fillette de Palerme morte d'une pneumonie en 1920, avant ses deux ans. Embaumée par Alfredo Salafia, elle semble endormie, d'où son surnom de « Belle au bois dormant ». Elle repose dans une vitrine hermétique au fond des catacombes et en est la momie la plus célèbre.

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